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POUR WAAD est une lettre de cinéma, en écho au film POUR SAMA réalisé à Alep en 2016 par la réalisatrice et journaliste syrienne Waad Al Kateab.

Composé uniquement d’archives tournées dans la Syrie d’avant la guerre, entre 2005 et 2007, POUR WAAD vient opposer et superposer à des images traumatiques de morts et de destructions, des images de vivants et un patrimoine somptueux.

Greffe cinématographique qui espère, ne serait-ce que le temps de sa vision, réanimer Homs, Alep, Palmyre… mais surtout ses habitants, ses enfants. Archives mises en veille pendant quinze ans, ce film voudrait re-produire l’Inoubliable, matière indestructible qui restaure le regard, répare l’abîme creusé dans les corps, les âmes et les pierres par une guerre qui dure depuis dix ans. La force comme la violence des images de POUR SAMA ont été les détonateurs puissants qui m’ont imposé de replonger dans mes archives que je n’avais jamais eu le courage de visionner. Je savais que tout ce que j’avais filmé était détruit, et que tous les enfants que j’avais filmé, sans savoir du tout pourquoi, étaient aujourd’hui en âge de faire la guerre et d’en mourir. Ce film est devenu pour moi une nécessité organique, le désir d’être à la hauteur du geste unique de cinéma réalisé par une artiste, une journaliste, une femme, une mère au courage sans faille dont le prénom, WAAD, veut dire LA PROMESSE. Cinéaste, il m’est possible –  et seulement en images - de rebâtir un pays pour toutes celles et ceux qui n’y ont pas survécus ou s’en sont arrachés, pour toutes celles et ceux qui n’auront pu le parcourir. Alors archiver humblement tout ce/ tous ceux qui existaient sous mes yeux avant la ruine.

Je suis partie en Syrie pour des premiers repérages en 2005.

Alep, ses environs, les bords de l’Euphrate et Palmyre étaient les décors du film LA LÉGENDE DE SYMÉON, saison du printemps de FOUDRE, une légende en quatre saisons produit par Mathieu Bompoint, Mezzanine Films. J’y suis partie seule la première fois, quinze jours, au printemps, avec une petite caméra de repérage, sans équipe Je suis repartie tourner en 2007 avec deux personnages du film et une chef opératrice. C’était avant la guerre. Je ne vais pas raconter ici le sujet du film que je venais tourner puisqu’il s’agit de donner à comprendre la raison d’être de POUR WAAD. Mais je donnerai juste les raisons pour lesquelles il fallait tourner en Syrie, et nulle part ailleurs. La Syrie, en particulier Alep et tout près, le Rocher de Saint Syméon, Palmyre, les bords de l’Euphrate et le désert de Cham étaient les décors réels des scènes qui s’y déroulaient. Parce que la réalité de ces « décors » en était le principal sujet. Je réincarnais la véritable histoire de ces lieux et les personnages ou choses exceptionnelles qui les avaient habités. C’était une mise en scène de lieux et de figures mythiques, mythologiques. Je mettais en scène la légende du pays. Mais au-delà de ce pourquoi j’étais venue repérer et tourner, j’ai filmé des heures et des heures les visages et les paysages, le patrimoine et les enfants, obsessionnellement les enfants. J’ai rapporté une vingtaine d’heures de rushes.  Seulement moins d’une heure a constitué le corps de ma fiction. Tout le reste a été filmé intuitivement, sans raison, dans l’urgence de rapporter une trace, de garder en mémoire, de constituer une preuve vivante. Une archive comme un pressentiment. Est-ce précisément parce que j’avais quelque chose à cacher, quelque chose d’essentiel qui me constituait, ces origines qui m’avaient appris que tout peut disparaître à tout moment, qu’un peuple peut être exterminé, des villes détruites d’un trait par une dictature, que j’ai répertorié, rapporté tous ces justificatifs de vies, de pierres millénaires, pour cela que le fleuve EUPHRATE m’est apparu comme primordial, biblique, mon propre berceau ?  

Encore aujourd’hui je ne m’explique pas pourquoi je ne pouvais arpenter le pays, à pieds, en voiture, en avion, sans m’arrêter de filmer. De toutes les expériences de voyages que j’ai pu faire pour réaliser un film, cela ne m’était jamais arrivé. Je filmais même les dormeurs à l’intérieur des mosquées, les militaires dans des réserves, les villageois qui nous recevaient pour un thé dans leurs maisons, là où la bienséance et la connaissance des coutumes et des restrictions du pays auraient dû m’en empêcher. J’ai filmé comme si je n’y reviendrais jamais. Une fois en 2005 avec ma petite SONY MINIDV, une fois en 2007 avec ma SONY HD. Deux formats de mémoire. Nous sommes en 2021 et je n’y suis jamais retournée.

EXTRAITS DE RUSHES DU FILM

RUSHES POUR WAAD
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